Installation de l'ambassadrice Nanìn
Posté : 19 janv. 2026, 20:38
La chancellerie d’Albanuova à Kiow n’avait rien d’un palais. Un immeuble de pierre claire, à l’angle d’une artère administrative, avec une façade tenue, des fenêtres hautes et un perron étroit où l’on montait sans emphase. À l’intérieur, l’accueil était à l’image de la mission : fonctionnel, ordonné, encore marqué par l’installation récente. Des cartons empilés dans un couloir, l’odeur du bois neuf dans la salle de réunion, et, sur une table, un inventaire de matériels signé la veille.
Tisziàna Nanìn franchit le seuil sans ralentir. La sécurité la salua, puis une agente de la chancellerie lui indiqua la direction du premier étage. Le bruit de ses pas se perdit dans l’escalier, ponctué par le froissement discret d’un manteau qu’on retire et le cliquetis d’un trousseau de clés.
La porte de son bureau s’ouvrit sur une pièce simple, lumineuse, donnant sur une cour intérieure. Un grand bureau de travail, deux fauteuils visiteurs, une bibliothèque encore clairsemée. Sur un guéridon, une boîte scellée portant le cachet de l’Office des affaires étrangères : le nécessaire protocolaire, les papiers à en-tête, les tampons de service, et le registre des communications officielles. Elle posa sa sacoche, resta une seconde immobile, puis entreprit ce geste qui, dans la vie diplomatique, vaut serment silencieux : elle fit le tour de la pièce, vérifia l’état des lieux, signa la prise de possession, et plaça sur le coin du bureau l’emblème de la République — non comme un décor, mais comme une borne.
Une collaboratrice entra, carnet ouvert.
« Les lignes sécurisées sont actives. Le standard aussi. La valise des archives est en salle forte. Et le courrier d’installation à publier sur le canal officiel est prêt si vous souhaitez le relire. »
Tisziàna hocha la tête.
« Nous publierons après l’envoi du premier courrier. Priorité au protocole. »
Elle s’assit, alluma la lampe, sortit une feuille à en-tête de la chancellerie et, sans chercher d’effet, commença à écrire. L’encre noire traçait des lignes nettes, régulières, comme si la forme devait déjà imposer la rigueur du fond.
Quand la collaboratrice revint, Tisziàna lui remit le pli.
« Envoi immédiat. Et préparez un dossier de travail : points de convergence possibles, lignes rouges, et une proposition d’architecture de traité. Je veux pouvoir entrer en discussion dès l’audience obtenue. »
Dans le couloir, l’activité reprit, plus rythmée. Dans le bureau, elle ouvrit enfin le registre des communications officielles, inscrivit la première ligne — date, objet, destinataire — puis referma le cahier.
Ce n’était qu’une installation, un bureau, une lettre. Mais à cet instant précis, la chancellerie cessait d’être un bâtiment loué et devenait un instrument de l’État. Et l’ambassadrice, sans geste spectaculaire, venait d’en prendre la mesure.
Tisziàna Nanìn franchit le seuil sans ralentir. La sécurité la salua, puis une agente de la chancellerie lui indiqua la direction du premier étage. Le bruit de ses pas se perdit dans l’escalier, ponctué par le froissement discret d’un manteau qu’on retire et le cliquetis d’un trousseau de clés.
La porte de son bureau s’ouvrit sur une pièce simple, lumineuse, donnant sur une cour intérieure. Un grand bureau de travail, deux fauteuils visiteurs, une bibliothèque encore clairsemée. Sur un guéridon, une boîte scellée portant le cachet de l’Office des affaires étrangères : le nécessaire protocolaire, les papiers à en-tête, les tampons de service, et le registre des communications officielles. Elle posa sa sacoche, resta une seconde immobile, puis entreprit ce geste qui, dans la vie diplomatique, vaut serment silencieux : elle fit le tour de la pièce, vérifia l’état des lieux, signa la prise de possession, et plaça sur le coin du bureau l’emblème de la République — non comme un décor, mais comme une borne.
Une collaboratrice entra, carnet ouvert.
« Les lignes sécurisées sont actives. Le standard aussi. La valise des archives est en salle forte. Et le courrier d’installation à publier sur le canal officiel est prêt si vous souhaitez le relire. »
Tisziàna hocha la tête.
« Nous publierons après l’envoi du premier courrier. Priorité au protocole. »
Elle s’assit, alluma la lampe, sortit une feuille à en-tête de la chancellerie et, sans chercher d’effet, commença à écrire. L’encre noire traçait des lignes nettes, régulières, comme si la forme devait déjà imposer la rigueur du fond.
Elle relut une fois, sans corriger. Puis elle signa, apposa le timbre de la chancellerie, et glissa l’original dans une chemise portant la mention “Protocole — Urgent”.Ambassade de la République d’Albanuova à Kiow
Chancellerie — Cabinet de l’Ambassadrice
Kiow, le 19 janvier 2026
À l’attention de Monsieur le Ministre des Affaires micromondiales
Royaume de Sévéroslavie
Kiow
Objet : Demande d’audience — Présentation des lettres de créance et ouverture de négociations en vue d’un traité de reconnaissance mutuelle
Monsieur le Ministre,
J’ai l’honneur de vous informer de mon arrivée à Kiow et de ma prise de fonctions en qualité d’Ambassadrice de la République d’Albanuova près le Royaume de Sévéroslavie, conformément à la nomination décidée par la Matriarche Csilàn et notifiée par la Zontè matriàrcjâl.
Dans ce cadre, je sollicite respectueusement l’octroi d’une audience auprès des autorités compétentes afin de procéder, selon les usages diplomatiques, à la présentation de mes lettres de créance.
Je souhaiterais également, à cette occasion, proposer l’ouverture de discussions entre nos services en vue de la conclusion d’un traité de reconnaissance mutuelle entre la République d’Albanuova et le Royaume de Sévéroslavie. Albanuova attache une importance particulière à l’établissement d’un cadre clair, équilibré et durable de relations bilatérales, fondé sur le respect mutuel, la non-ingérence et la coopération.
Je vous serais reconnaissante de bien vouloir me faire connaître vos disponibilités, ou celles de l’autorité habilitée, afin de convenir d’une date et des modalités de cette audience.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma haute considération.
Tisziàna Nanìn, n.z.
Ambassadrice de la République d’Albanuova
près le Royaume de Sévéroslavie
Quand la collaboratrice revint, Tisziàna lui remit le pli.
« Envoi immédiat. Et préparez un dossier de travail : points de convergence possibles, lignes rouges, et une proposition d’architecture de traité. Je veux pouvoir entrer en discussion dès l’audience obtenue. »
Dans le couloir, l’activité reprit, plus rythmée. Dans le bureau, elle ouvrit enfin le registre des communications officielles, inscrivit la première ligne — date, objet, destinataire — puis referma le cahier.
Ce n’était qu’une installation, un bureau, une lettre. Mais à cet instant précis, la chancellerie cessait d’être un bâtiment loué et devenait un instrument de l’État. Et l’ambassadrice, sans geste spectaculaire, venait d’en prendre la mesure.